Ce que verse déjà votre régime, selon votre statut
Le mot indépendant recouvre des situations qui n’ont presque rien en commun du point de vue de la protection sociale. Établir la vôtre est la première étape, et elle précède toute comparaison de contrats.
Artisans, commerçants et gérants majoritaires
Ce groupe relève d’un régime qui verse des indemnités journalières après un délai de carence, sous condition d’affiliation et de cotisation. Le montant se calcule sur un revenu moyen des dernières années, plafonné, et il chute lourdement pour un revenu déclaré faible.
Les montants et les conditions exactes se relèvent sur ameli.fr, à la fiche consacrée à l’arrêt maladie de l’artisan et du commerçant. Nous ne les reproduisons pas ici : ils sont révisés régulièrement, et une valeur périmée coûte plus cher qu’une valeur absente.
Professions libérales
Le changement de 2021 est le point que beaucoup de pages n’ont pas intégré. Pour les arrêts débutant à compter du 1er juillet 2021, l’Assurance maladie verse des indemnités journalières aux professionnels libéraux à partir du quatrième jour d’incapacité, pendant 87 jours au maximum pour une même incapacité, soit du quatrième au quatre-vingt-dixième jour. La condition d’affiliation est de douze mois.
Au-delà du quatre-vingt-dixième jour, le relais revient à la caisse de retraite de la profession, dont les règles varient selon la spécialité. L’idée d’une absence totale d’indemnisation pendant des semaines relève du droit antérieur : elle ne décrit plus la situation d’un libéral affilié.
Micro-entrepreneurs
Le micro-entrepreneur n’ouvre droit aux indemnités journalières qu’au-delà d’un chiffre d’affaires minimal, apprécié sur une période de référence. En dessous de ce seuil, le régime ne verse rien pendant un arrêt.
La conséquence change tout le raisonnement : il n’y a alors pas de complément à calculer, il y a une couverture entière à construire. Demandez votre relevé de situation à votre caisse avant de signer quoi que ce soit.
Invalidité et décès
Les régimes obligatoires prévoient aussi des prestations en cas d’invalidité et de décès, dont le niveau varie fortement d’une caisse à l’autre. Ces montants figurent sur l’attestation que votre caisse délivre sur demande. C’est le document de départ, et il est gratuit.
La franchise en jours, le réglage qui déplace le plus la cotisation
Une franchise courte coûte cher, parce qu’elle expose l’assureur aux arrêts fréquents et brefs. Une franchise longue fait chuter la cotisation, mais elle transfère à votre trésorerie tous les arrêts inférieurs à cette durée. C’est le curseur le plus puissant du contrat, et souvent le moins discuté.
Le bon calage n’est pas un chiffre rond : ce sont les bornes de votre régime. Pour un libéral affilié, la question devient précise. Voulez-vous couvrir les trois premiers jours de carence, compléter l’indemnité de l’Assurance maladie jusqu’au quatre-vingt-dixième jour, ou prendre le relais après cette date si la caisse de la profession verse peu. Trois réponses différentes, trois contrats différents.
Vérifiez aussi le mode de décompte, qui n’apparaît dans aucun comparateur. Certains contrats appliquent la franchise à chaque arrêt, d’autres la suppriment en cas d’hospitalisation ou de rechute liée à la même pathologie. Sur une affection qui provoque plusieurs arrêts dans l’année, l’écart entre les deux rédactions se chiffre vite.
Notre avis, assumé comme tel : la franchise se choisit en comptant combien de mois d’activité votre épargne disponible peut absorber, pas en cherchant la cotisation la plus basse. Un contrat qui ne verse jamais parce que vos arrêts sont toujours plus courts que sa franchise est un contrat entièrement perdu.
Indemnitaire ou forfaitaire : le montant garanti n’est pas le montant perçu
Deux mécanismes coexistent sur le marché, et le tableau de garanties ne les distingue pas toujours clairement. Un contrat indemnitaire verse la différence entre votre revenu de référence et ce que vous percevez par ailleurs, prestations du régime obligatoire comprises. Un contrat forfaitaire verse le montant souscrit, quelles que soient les autres ressources.
Le raisonnement se tient en trois lignes, sans avoir besoin du moindre tarif. Posez votre revenu de référence. Retranchez ce que votre caisse verse, d’après son attestation. Le reste est ce que le contrat doit combler : sur un contrat indemnitaire, c’est exactement ce qu’il versera ; sur un forfaitaire, c’est le minimum à souscrire, sachant que le cumul peut dépasser ce reste.
L’écart entre les deux se voit au premier arrêt, et pas avant. Sur un contrat indemnitaire, un montant garanti généreux peut ne produire aucun versement supplémentaire si la caisse verse déjà beaucoup ; sur un forfaitaire, les deux se cumulent.
Pour les revenus qui varient, le revenu de référence doit être actualisé chaque année. Une garantie calculée sur un exercice ancien laisse un trou dont personne ne s’aperçoit avant l’arrêt, c’est-à-dire au pire moment.
Invalidité : le barème compte autant que le taux
La rente d’invalidité se déclenche à partir d’un taux reconnu, calculé selon un barème contractuel. Deux barèmes existent en pratique : l’un fondé sur l’incapacité fonctionnelle, l’autre croisant incapacité fonctionnelle et incapacité professionnelle.
Pour un métier manuel ou de précision, la nuance est déterminante. Une atteinte à la main qui interdit l’exercice d’un métier de bouche ou de soin peut correspondre à un taux fonctionnel modeste, qu’un barème croisé traduit en taux professionnel élevé. Regardez également la rente de conjoint et la rente éducation : le capital solde un moment, la rente couvre une durée.
Décès : capital, rentes et clause bénéficiaire
La garantie décès verse un capital, dont le montant se fixe en fonction des dettes à solder et du niveau de vie à maintenir, pas d’un multiple standard du revenu. Un prêt professionnel en cours, un crédit immobilier, des études à financer : ce sont ces lignes qui donnent le chiffre.
Deux compléments méritent d’être examinés. La rente éducation, versée aux enfants à charge jusqu’à un âge prévu au contrat, couvre une durée là où le capital solde un instant. Et la garantie double effet, qui prévoit un second versement si le conjoint décède à son tour alors que des enfants restent à charge.
La clause bénéficiaire du contrat se rédige à la souscription et se relit après chaque événement familial. Une clause type qui désigne le conjoint puis les enfants ne correspond pas à toutes les situations, et personne ne la corrigera à votre place. Le sujet est développé sur notre page consacrée au capital décès.
Exclusions : les lignes à lire avant de signer
Trois familles d’exclusions reviennent dans les contrats destinés aux indépendants, et elles visent des motifs d’arrêt qui concernent directement les métiers exposés : les affections dorsales, souvent soumises à condition d’hospitalisation ou d’intervention chirurgicale, les troubles psychiques, écartés ou fortement restreints, et les sports et activités à risque, à déclarer dès la souscription.
Une exclusion dorsale sur un contrat d’artisan du bâtiment, ou une exclusion psychique sur un contrat de dirigeant, vide la garantie incapacité d’une partie de son intérêt. C’est le premier endroit où regarder dans un projet de contrat, avant même la cotisation.
Le rachat de ces exclusions existe, moyennant surprime, quand l’assureur le propose. Il se chiffre, il se demande explicitement à la souscription, et il ne s’obtient pas après coup. Un contrat signé avec une exclusion est un contrat qui la conserve.
Ce que l’assureur examine avant d’accepter
La souscription passe par un questionnaire de santé et, au-delà de certains capitaux, par des examens complémentaires. La réponse de l’assureur prend l’une de ces formes : acceptation aux conditions normales, acceptation avec surprime, acceptation avec exclusion, ou refus.
La profession déclarée pèse autant que la santé. Un artisan du bâtiment, un chauffeur, un professionnel du soin ne sont pas tarifés comme un consultant assis. Un changement d’activité en cours de contrat constitue une aggravation du risque qui doit être déclarée à l’assureur dans les conditions de l’article L113-4 du code des assurances.
Les conséquences d’une déclaration inexacte ne sont pas les mêmes selon l’intention, et la nuance vaut d’être connue. L’article L113-9 s’applique à l’omission ou à la déclaration inexacte non intentionnelle : avant sinistre, l’assureur peut majorer la prime ou résilier ; après sinistre, l’indemnité est réduite en proportion des primes payées par rapport à celles qui auraient été dues. L’article L113-8 vise la réticence ou la fausse déclaration intentionnelle qui change l’objet du risque, et il entraîne la nullité du contrat, sans remboursement des primes.
Deux réflexes utiles. Faire étudier son dossier avant de résilier un contrat existant, parce qu’un refus après résiliation laisse sans rien. Et conserver la copie du questionnaire rempli : c’est la pièce sur laquelle se jouera toute discussion.
Le cadre Madelin : ce qui se déduit, ce qui s’impose ensuite
L’article 154 bis du code général des impôts autorise la déduction des cotisations de prévoyance complémentaire du bénéfice imposable, dans une limite calculée à partir du revenu professionnel et du plafond annuel de la Sécurité sociale. Trois conditions s’y ajoutent : un contrat éligible, des cotisations versées régulièrement, et être à jour de ses cotisations sociales obligatoires.
Un point que les pages d’assureurs passent sous silence : cette déduction suppose un bénéfice déterminé selon un régime réel d’imposition. Au régime micro, l’abattement forfaitaire est réputé couvrir les charges, et la déduction séparée des cotisations n’a pas lieu d’être. Un micro-entrepreneur peut donc souscrire un contrat de prévoyance, mais pas le déduire de la même manière. Faites confirmer votre cas par votre expert-comptable, la règle se lit au bulletin officiel des finances publiques.
La contrepartie est symétrique. Quand les cotisations ont été déduites, les indemnités journalières et les rentes perçues sont imposables. Le capital décès versé au bénéficiaire, lui, n’entre pas dans son revenu imposable ; son sort au regard des droits de succession dépend du contrat et se vérifie au cas par cas.
Nous ne publions pas ici les plafonds de déduction. Ils se calculent à partir du plafond annuel de la Sécurité sociale, révisé chaque année : reprenez-les sur le texte ou sur l’attestation annuelle de l’assureur, pas sur un article daté.
Déclarer un arrêt sans attendre deux fois
La déclaration se fait auprès de l’assureur, dans le délai prévu au contrat, avec l’arrêt de travail, le certificat médical et les décomptes du régime obligatoire. Ce dernier point est celui qui bloque : sur un contrat indemnitaire, l’assureur ne peut calculer sa part qu’une fois connue celle du régime.
Un indépendant dont la caisse tarde à liquider ses indemnités journalières attend donc deux fois. La parade tient en deux gestes : prévenir l’assureur dès le premier jour, même sans montant connu, puis transmettre les décomptes au fil de l’eau plutôt qu’en fin d’arrêt.
Un arrêt qui se prolonge suppose des justificatifs renouvelés à intervalles réguliers. Leur interruption suffit à suspendre les versements, sans que l’assureur ait à motiver quoi que ce soit.
Sur les délais pour agir, l’article L114-1 du code des assurances pose une prescription de deux ans à compter de l’événement qui donne naissance à l’action. Le même article porte ce délai à dix ans dans deux cas au moins : les contrats d’assurance sur la vie lorsque le bénéficiaire est une personne distincte du souscripteur, et les contrats d’assurance contre les accidents atteignant les personnes, pour les actions des ayants droit de l’assuré décédé. Il prévoit aussi des causes d’interruption. Une réclamation tardive n’est donc pas toujours perdue, mais elle se complique.
Réviser le contrat chaque année, et comment en sortir
Trois paramètres vieillissent plus vite que le contrat, et le premier vieillit le plus vite : le revenu de référence, qui doit suivre l’activité réelle sous peine de garantir un revenu que vous ne gagnez plus. Viennent ensuite le statut, qu’un passage en société ou un changement de régime social modifie, et la situation familiale, qui commande les garanties décès et la clause bénéficiaire.
Une modification se fait par avenant. Les augmentations de garanties supposent en général de nouvelles formalités médicales ; les baisses, non.
Sur la sortie, une précision qui évite une erreur courante. La résiliation à tout moment après un an ne s’applique pas à un contrat de prévoyance : l’article R113-11 du code des assurances réserve cette faculté aux contrats automobiles, habitation, affinitaires et de remboursement de frais médicaux. Pour les garanties non-vie de votre contrat, la voie ordinaire est la résiliation à l’échéance annuelle de l’article L113-12, sous réserve d’une clause plus favorable.
Et pour les garanties décès qui relèvent de l’assurance sur la vie, L113-12 ne s’applique pas du tout : ce sont les règles propres du contrat et de l’assurance vie qui s’appliquent. Lisez la clause de résiliation de votre contrat avant d’envoyer une lettre calquée sur un modèle d’assurance auto.