Le règlement de copropriété fixe la frontière, pas l'assureur
Un dégât des eaux traverse trois étages. Chacun sort son contrat, et les contrats ne répondent pas. Normal : les assurances couvrent des parties communes d'un côté, des parties privatives de l'autre, mais elles ne disent pas elles-mêmes ce qui est commun et ce qui est privatif.
Cette définition figure dans le règlement de copropriété et son état descriptif de division, propres à chaque immeuble. Une fenêtre, un balcon, un volet roulant, une chaudière, une gaine technique : deux résidences voisines peuvent les classer différemment.
La canalisation illustre bien le piège. L'encastrement dans un mur n'en fait pas une partie commune. La loi du 10 juillet 1965 (article 3) range parmi les parties communes les parties de canalisations afférentes aux éléments d'équipement commun, y compris quand elles traversent des locaux privatifs. Encore faut-il que le règlement n'en dispose pas autrement.
Lisez donc cette partie du règlement avant de déclarer. C'est elle qui dit quel contrat couvre l'élément endommagé. Où le trouver ? Le syndic le fournit, le notaire le remet à l'achat. Et si vous louez, la loi du 6 juillet 1989 (article 3) vous oblige à en communiquer les extraits utiles à votre locataire.
Ce que couvre chaque contrat
- L'assurance du syndicat couvre les parties communes et sa propre responsabilité civile. Selon sa rédaction, elle peut aussi couvrir les parties privatives dans leur état d'origine : le tableau des garanties le dit, l'attestation non.
- Votre contrat de copropriétaire occupant couvre votre lot, vos biens, vos aménagements et votre responsabilité civile envers les voisins et les tiers.
- Copropriétaire bailleur : un contrat propriétaire non occupant protège votre lot, notamment quand il est vide ou quand le locataire n'est pas assuré.
- Votre locataire doit s'assurer au minimum contre ses risques locatifs et en justifier à la remise des clés, puis chaque année à votre demande (loi du 6 juillet 1989, article 7 g).
Ce que la loi impose au syndicat et à chaque copropriétaire
L'article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965, introduit par la loi ALUR de 2014, pose deux obligations. Le syndicat des copropriétaires doit s'assurer contre les risques de responsabilité civile dont il répond. Chaque copropriétaire doit s'assurer contre les risques de responsabilité civile dont il répond en sa qualité, qu'il soit occupant ou non occupant.
Le texte s'arrête là. Il vise la responsabilité civile, pas les dommages que subit l'immeuble lui-même. La garantie des parties communes contre l'incendie, le dégât des eaux ou la tempête se vote en assemblée générale et se négocie par le syndic, si bien que ses plafonds et sa franchise dépendent de ce qui a été décidé dans votre immeuble, et de rien d'autre.
Service-public le résume en trois lignes (fiche F2027, vérifiée le 22 juillet 2025). Le syndicat assure la responsabilité civile de la copropriété. Chaque copropriétaire assure la sienne pour les dommages qui prennent naissance dans son lot, et le bailleur souscrit en plus une assurance propriétaire non occupant.
D'où un réflexe à l'achat. Demandez au syndic le tableau des garanties du contrat de l'immeuble, et pas seulement l'attestation, qui prouve qu'un contrat existe sans dire ce qu'il couvre.
Immeuble, lot, locataire, bailleur : quatre contrats, quatre objets
Quand le lot est loué, quatre contrats peuvent se croiser sur un même sinistre. Chacun a son objet, et aucun ne remplace l'autre.
- L'assurance de l'immeuble, décidée en assemblée générale et payée par les charges : parties communes, responsabilité civile du syndicat et, selon la rédaction, parties privatives dans leur état d'origine.
- L'assurance du copropriétaire occupant : le logement, les biens, les aménagements et la responsabilité civile envers les voisins et les tiers.
- L'assurance du locataire : au minimum les risques locatifs, c'est-à-dire les dommages causés au logement dont il répond envers son bailleur. Elle ne couvre ni les biens du propriétaire ni la responsabilité de celui-ci envers l'immeuble.
- L'assurance propriétaire non occupant : les périodes de vacance, et les sinistres d'origine privative dont le locataire n'est pas responsable.
Ce que coûtent ces contrats, en ordre de grandeur
France Assureurs publie des primes moyennes pour 2025 : 351 € pour un contrat d'habitation occupant, en hausse de 7,9 %, et 191 € pour un contrat non occupant, en hausse de 8,1 %. Ce sont des moyennes de marché, tous logements confondus. Votre prime dépend de la surface, de la commune, des garanties et de la franchise retenues.
Étape 1 : réunir les pièces avant le prochain sinistre
À la fin de cette étape, vous avez sous la main tout ce qu'un assureur ou un syndic demandera. Le jour où l'eau coule, personne n'a le temps de chercher un règlement de copropriété de quarante pages.
- Récupérez le règlement de copropriété et l'état descriptif de division, qui fixent la frontière entre commun et privatif dans votre immeuble.
- Demandez au syndic le tableau des garanties de l'assurance de l'immeuble : assureur, numéro de contrat, franchise, plafonds.
- Relisez votre propre contrat : plafond mobilier, traitement des embellissements, garantie recherche de fuite.
- Rangez les factures des aménagements réalisés depuis l'achat : cuisine, salle de bains, parquet.
- Réunissez le tout dans un même dossier, papier ou numérique, et notez-y la date de la dernière mise à jour.
Étape 2 : déclarer au bon interlocuteur, dans les délais
Qui déclare ? Service-public répond selon l'origine du sinistre. S'il prend naissance dans les parties communes, c'est le syndic qui le déclare à l'assureur de l'immeuble. Né dans un lot, il est déclaré par le copropriétaire concerné à son propre assureur.
Le délai, lui, est celui de votre contrat. Le code des assurances l'encadre : le contrat ne peut pas imposer moins de cinq jours ouvrés, ni moins de deux jours ouvrés en cas de vol (article L113-2, 4°). Après une catastrophe naturelle, la déclaration se fait au plus tard trente jours après la publication de l'arrêté au Journal officiel (article L125-2).
Pour un dégât des eaux entre voisins, remplissez ensemble un constat amiable, photographiez les dommages et gardez les factures. Même si la cause n'est pas encore connue : c'est la recherche de fuite qui la dira.
Dégât des eaux ou incendie entre lots : ce que prévoit la convention IRSI
Le problème : une fuite chez le voisin du dessus abîme votre plafond, et trois assureurs sont concernés. Sans règle commune, chacun attendrait que l'autre reconnaisse une responsabilité.
La solution passe par une convention entre assureurs, la convention IRSI. Son texte n'est pas publié ; ses règles principales le sont, par service-public (fiche F2027, vérifiée le 22 juillet 2025). Elle s'applique aux dégâts des eaux et aux incendies dont les dommages n'excèdent pas 5 000 € HT, et elle confie le dossier à un seul assureur, dit gestionnaire.
- Sous 1 600 € HT de dégâts, l'assureur gestionnaire indemnise, sans recours possible contre un autre assureur.
- Entre 1 600 € HT et 5 000 € HT, l'assureur gestionnaire doit effectuer une expertise pour le compte des autres assureurs.
- Si la fuite vient des parties communes, l'assureur de la copropriété prend en charge la recherche de fuite.
- Si elle vient d'un lot privatif, elle peut être engagée par n'importe quel assureur impliqué, mais c'est l'assureur du lot concerné qui en supporte le coût.
Ce que la convention change, et ce qu'elle ne change pas
Le résultat : sous ces seuils, l'indemnisation n'attend pas la fin du débat sur les responsabilités. Un gain de temps, pas de droits. Être indemnisé par son propre assureur ne vaut pas pour autant reconnaissance de responsabilité, et l'inverse est vrai aussi. Au-delà de 5 000 € HT, on revient à la recherche des responsabilités entre assureurs, avec expertise, et le règlement de copropriété redevient la pièce centrale du dossier.
La recherche de fuite : trois questions à poser à son assureur
Avant de réparer, il faut trouver. Et trouver coûte parfois cher : sondages, carrelage déposé, cloison ouverte. Ces frais ne relèvent pas toujours de la même garantie que les dommages eux-mêmes.
Trois questions à poser à son assureur avant que le problème ne survienne. La garantie recherche de fuite figure-t-elle au contrat, et avec quel plafond ? Couvre-t-elle la remise en état des ouvrages détruits pour accéder à la fuite ? S'applique-t-elle si la fuite se révèle située en partie commune ?
La même question se pose côté immeuble. Un contrat de copropriété qui plafonne bas cette garantie peut retarder les travaux le temps d'un arbitrage, pendant que le dommage s'étend.
La franchise de l'immeuble, payée par tous
Quand un sinistre relève de l'assurance de l'immeuble, la franchise reste à la charge du syndicat, qui la répartit entre les copropriétaires selon leurs quotes-parts : elle finit dans les charges de chacun, y compris de ceux dont le lot n'a pas été touché.
Certaines copropriétés votent en assemblée générale la refacturation de la franchise au copropriétaire chez qui le sinistre a pris naissance. La validité de cette pratique dépend de la rédaction retenue et de la cause du sinistre. Mieux vaut la connaître avant qu'un appel de fonds ne la révèle.
France Assureurs éclaire l'enjeu. En 2025, les dégâts des eaux représentent 39 % des sinistres en multirisque habitation, mais c'est l'incendie qui pèse le plus lourd dans la charge : 28,7 % contre 25,9 %. La même année, la charge des dégâts des eaux a reculé de 13,4 % quand celle de l'incendie a progressé de 10,8 %.
Notre lecture pour un copropriétaire
Le sinistre fréquent fait tourner les franchises ; le sinistre rare éprouve les plafonds. Dans un immeuble ancien, le dégât des eaux répété alourdit les charges par petites touches. L'incendie, lui, pose une seule question, mais elle est grave : le plafond du contrat de l'immeuble suffit-il ? C'est une lecture, pas une statistique par immeuble, qui n'est pas publiée.
Étape 3 : déclarer et faire autoriser les travaux dans le lot
Une cuisine refaite, une salle de bains déplacée, une cloison abattue : ces aménagements appartiennent au copropriétaire, et ils sortent en général de ce que couvre l'assurance de l'immeuble, qui raisonne sur l'état d'origine du lot.
- Déclarez les aménagements à votre assureur, factures à l'appui, pour que la valeur assurée corresponde au logement réel.
- Faites autoriser par l'assemblée générale les travaux qui touchent aux parties communes ou à l'aspect extérieur de l'immeuble. Un sinistre consécutif à des travaux non autorisés ouvre une discussion sur la garantie et sur votre responsabilité envers le syndicat.
- Pour des travaux de construction, vérifiez l'assurance dommages-ouvrage : l'article L242-1 du code des assurances oblige le maître d'ouvrage à la souscrire avant l'ouverture du chantier. Demandez aussi l'attestation d'assurance décennale des entreprises.
En copropriété, le dégât des eaux est le sinistre qu'on déclare souvent, l'incendie celui qui coûte le plus. Le premier se joue sur la franchise de l'immeuble, le second sur ses plafonds : ce sont ces deux lignes qu'il faut lire en assemblée générale.
À relire avant de signer
- Le contrat mentionne votre qualité exacte : copropriétaire occupant ou bailleur.
- Les embellissements et travaux réalisés dans le lot sont déclarés et chiffrés.
- La responsabilité civile vis-à-vis des autres copropriétaires et des tiers figure dans les garanties.
- Le tableau des garanties de l'immeuble est en votre possession, franchise et plafonds compris.
Nos repères pour ce profil
- Chaque copropriétaire, occupant ou non, doit être assuré en responsabilité civile (article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965) ; le syndicat assure la sienne et, sur vote de l'assemblée, les parties communes.
- Le règlement de copropriété fixe la frontière entre commun et privatif, notamment pour les canalisations et les fenêtres : lisez-le avant de déclarer.
- Selon service-public, la convention IRSI s'applique aux dégâts des eaux et incendies jusqu'à 5 000 € HT de dommages, avec un seul assureur gestionnaire ; si la fuite vient des parties communes, l'assureur de la copropriété prend en charge sa recherche.
À lire ensuite
- Assurance propriétaire non occupant : pour le copropriétaire bailleur
- Responsabilité civile du copropriétaire : ce que couvre la garantie obligatoire
- Déclarer un dégât des eaux : constat, délais et pièces
- Assurance du locataire : risques locatifs et attestation
- Franchise : définition et fonctionnement
- Assurance décennale : avant des travaux de construction
- Assurance habitation : l'ensemble des garanties
