Après un an de contrat : la résiliation à tout moment
Passé un an, la résiliation est ouverte à tout moment, sans frais, sans pénalité et sans justification (L113-15-2). Le point de départ est la date de première souscription, celle qui figure sur vos conditions particulières, et non la date du dernier renouvellement. L’article R113-11, issu du décret du 17 mars 2022, confirme que les contrats couvrant la responsabilité civile du propriétaire ou de l’occupant d’un immeuble entrent bien dans ce champ.
La résiliation prend effet un mois après réception de la notification par l’assureur. C’est la réception qui compte ici, pas l’envoi : la distinction paraît mince, elle décide pourtant de la date à laquelle vous cessez d’être couvert. Pour un contrat couvrant les risques locatifs, c’est de surcroît le nouvel assureur qui effectue la formalité, et il doit veiller à ce que la couverture ne soit pas interrompue.
La prime correspondant à la période non garantie vous est remboursée dans les trente jours suivant la date d’effet, et le retard fait courir des intérêts au taux légal. Réclamez le décompte par écrit, avec la date d’effet retenue et le nombre de jours non couverts : c’est plus efficace qu’un appel dont il ne restera rien.
À l’échéance annuelle : préavis et cachet de la poste
C’est la voie la plus ancienne, et la seule où le cachet de la poste décide de quelque chose. L’article L113-12 organise la résiliation à l’échéance annuelle ; sans démarche de votre part, la tacite reconduction joue et le contrat repart pour un an.
Le préavis à respecter est celui de votre contrat. La loi garantit à l’assuré le droit de résilier « au moins deux mois avant » l’échéance : c’est un plafond opposable à l’assureur, pas un minimum imposé à l’assuré, et rien n’interdit à un contrat de se contenter d’un mois. Vérifiez la clause plutôt que de supposer.
Le même article précise ce qui fait courir le délai : « Le délai de résiliation court à partir de la date figurant sur le cachet de la poste ou de la date d’expédition de la notification. » Autrement dit, sur cette voie, une preuve d’envoi vaut mieux qu’un accusé de réception. C’est l’inverse exact de la résiliation à tout moment, où le mois court à compter de la réception, et c’est la confusion la plus répandue sur le sujet.
Un garde-fou complète le dispositif. L’article L113-15-1 impose à l’assureur de rappeler, avec l’avis d’échéance, la date limite de résiliation. Si l’avis est envoyé moins de quinze jours avant cette date, ou après, vous disposez de vingt jours à compter de la date d’envoi de l’avis pour refuser la reconduction. Gardez l’enveloppe : c’est elle qui déclenche ce droit.
Déménagement et autres changements de situation
L’article L113-16 ouvre une porte qui ne dépend d’aucune ancienneté, et c’est ce qui la rend précieuse. Un locataire qui déménage au huitième mois de son contrat peut résilier, alors que la voie ouverte après douze mois lui est encore fermée. Le réflexe d’invoquer la loi Hamon quel que soit le cas fait passer à côté de cette possibilité.
Les événements visés sont limitativement énumérés : changement de domicile, changement de situation matrimoniale, changement de régime matrimonial, changement de profession, retraite professionnelle ou cessation définitive d’activité professionnelle. Encore faut-il remplir la condition que presque aucune page ne cite : le contrat doit garantir des risques en relation directe avec la situation antérieure, risques qui ne se retrouvent pas dans la situation nouvelle. Un déménagement remplit ce critère sans difficulté en habitation, puisque le logement change. Un mariage, beaucoup plus rarement.
Deux dates encadrent la démarche. La demande se fait dans les trois mois qui suivent l’événement, justificatif joint. La résiliation prend effet un mois après la notification, pas le jour de l’événement.
Un point favorable à l’assuré, et peu connu : le même article interdit expressément de prévoir le paiement d’une indemnité à l’assureur dans ces cas de résiliation. Aucun frais de dossier n’est donc opposable, et la portion de prime correspondant à la période non courue doit être remboursée.
Vente du logement ou décès : le contrat ne s’éteint pas seul
La vente n’anéantit pas le contrat, contrairement à ce que beaucoup de vendeurs supposent. L’article L121-10 le transmet de plein droit à l’acquéreur, à charge pour celui-ci ou pour l’assureur de le résilier. Le décès de l’assuré suit la même mécanique, avec transmission aux héritiers.
Ce qui libère le vendeur, c’est l’information donnée à l’assureur. Le texte en vigueur est plus souple que les modèles de lettre qui circulent : le vendeur « est libéré, même comme garant des primes à échoir, à partir du moment où il a informé l’assureur de l’aliénation par lettre, tout autre support durable ou moyen prévu à l’article L. 113-14 ». La lettre recommandée n’est donc pas exigée ; un écrit daté suffit. Un appel téléphonique, lui, ne laisse aucune trace.
L’ordre des rôles vaut d’être retenu, parce qu’il est souvent inversé : le vendeur informe, l’acquéreur ou l’assureur résilie.
Locataire : rester couvert et justifier au bailleur
L’assurance contre les risques locatifs est obligatoire, et cette obligation change la nature de la démarche. Pour la voie ouverte après un an, la loi confie la notification au nouvel assureur : il résilie après vous avoir accepté, ce qui impose de signer d’abord. Attention toutefois à ne pas généraliser : à l’échéance annuelle ou pour un changement de situation, c’est vous qui notifiez, avec preuve d’envoi.
L’inversion a une conséquence pratique. Un devis n’est pas une acceptation ; tant que le nouveau contrat n’est pas conclu, rien ne part, et un assureur reste libre de refuser un dossier au vu des antécédents de sinistres.
Côté bailleur, l’article 7 g de la loi du 6 juillet 1989 fixe deux moments : le locataire justifie de son assurance lors de la remise des clés, puis chaque année, à la demande du bailleur. À défaut de remise de l’attestation, et après un délai d’un mois à compter d’une mise en demeure demeurée sans effet, le bailleur peut souscrire une assurance pour le compte du locataire et lui en récupérer le coût, majoré dans la limite prévue par la loi. La clause résolutoire pour défaut d’assurance, elle, ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux : ce délai laisse le temps de régulariser.
En colocation, vérifiez d’abord la forme du contrat. Une police unique au nom de tous les colocataires ne se résilie pas comme une couverture individuelle : le départ d’un occupant peut laisser les autres sans garantie du jour au lendemain.
Déménager : transférer ou résilier
Un déménagement ouvre un droit de résiliation, et beaucoup de gens résilient par réflexe. Le transfert du contrat sur le nouveau logement, par avenant, mérite pourtant d’être demandé d’abord, avec une cotisation recalculée sur les nouvelles caractéristiques.
Le transfert conserve l’ancienneté du contrat, ce qui vaut mieux qu’il n’y paraît : cette ancienneté commande le droit de résilier à tout moment, et elle repart de zéro à chaque nouvelle souscription. Résilier en septembre pour souscrire ailleurs vous enferme jusqu’au septembre suivant.
Le transfert suppose une déclaration exacte du nouveau logement : surface, nombre de pièces principales, étage, nature du bâtiment, dispositifs de sécurité, présence d’une dépendance ou d’une piscine. Cette déclaration n’est pas une formalité, c’est elle qui fixe la garantie.
Résilier reste préférable dans deux cas, et c’est une appréciation, pas une règle : quand le nouvel assureur propose des garanties nettement mieux adaptées au nouveau logement, et quand la cotisation recalculée après transfert s’écarte fortement des devis obtenus ailleurs. Dans les deux cas, la décision se prend après avoir demandé le devis de transfert, pas avant.
La date d’effet, et un sinistre pendant le préavis
C’est le seul endroit où une résiliation habitation coûte vraiment de l’argent. L’ancien contrat s’éteint un mois après la notification, et la date d’effet du nouveau doit être calée sur ce jour-là. Trop tôt, deux contrats se chevauchent, ce qui n’a rien de dramatique puisque l’indemnisation ne se cumule pas au-delà du dommage réel. Dans l’autre sens, vous êtes découvert, et pour un locataire la responsabilité vis-à-vis du propriétaire ne s’éteint pas parce que le contrat est arrivé à son terme. Entre les deux erreurs, le chevauchement est de loin la moins chère.
Reste la question qui se pose plus souvent qu’on ne l’imagine, puisque le préavis dure un mois entier : un sinistre pendant ce délai. La réponse est rassurante. Tant que la résiliation n’a pas pris effet, le contrat produit tous ses effets et l’ancien assureur garantit normalement, avec ses plafonds, ses franchises et ses exclusions.
Déclarez donc au bon assureur. Une déclaration adressée au nouveau, qui ne garantissait pas encore, fait perdre du temps sur un délai de déclaration court : le contrat ne peut pas descendre en dessous de cinq jours ouvrés, ramenés à deux jours ouvrés en cas de vol. Ne jetez pas vos conditions générales le jour où vous signez ailleurs : elles restent la référence tant que le préavis court.
Propriétaire qui ne vit plus dans le logement
Quitter un logement ne délie pas toujours de l’obligation de l’assurer. Un propriétaire qui met son bien en location, ou qui le laisse vacant, reste exposé à la responsabilité civile attachée à ce bien, et cette exposition ne dépend pas de sa présence.
En copropriété, la loi impose à chaque copropriétaire de s’assurer contre les risques de responsabilité civile dont il doit répondre, qu’il occupe ou non son lot. L’assurance de la copropriété couvre les parties communes et la responsabilité du syndicat, pas la vôtre.
Résilier son contrat au motif qu’on ne vit plus dans les murs expose donc à un vide, y compris lorsque le locataire est lui-même assuré : son contrat couvre ses risques locatifs, pas ceux qui incombent au propriétaire au titre du bâti, d’un défaut d’entretien ou d’un vice de construction.
La bonne démarche n’est pas la résiliation mais la conversion : un contrat propriétaire non occupant, qui ne couvre pas le contenu. L’écart se mesure sur les chiffres publiés par France Assureurs pour 2025 : la prime moyenne d’un contrat d’occupant s’établissait à 351 €, celle d’un contrat non occupant à 191 €. Demandez la conversion en même temps que le changement de situation, pas après.
Après la résiliation : confirmation, prorata, contrats satellites
Conservez la confirmation écrite de l’assureur avec sa date d’effet. C’est la pièce qui vous protège si un prélèvement repart trois mois plus tard, et la seule qui règle la discussion sans débat. Quand le contrat peut être conclu par voie électronique, l’assureur doit mettre à disposition une fonctionnalité de résiliation par le même canal : la fonctionnalité dépend de cette possibilité de conclure à distance, pas du canal par lequel vous avez effectivement souscrit. Le professionnel accuse alors réception et confirme la date de fin ; enregistrez cette confirmation avant de fermer la page, les espaces clients ne gardent pas toujours l’historique après la fin du contrat.
Le remboursement du prorata n’est pas toujours automatique, surtout après un paiement annuel. Réclamez le décompte par écrit, avec la date d’effet retenue et le nombre de jours non couverts.
Vérifiez enfin ce qui ne tombe pas avec la multirisque. La protection juridique vendue à part, la garantie des objets de valeur ou des instruments de musique, l’assurance scolaire des enfants, celle des appareils nomades, parfois une garantie loyers impayés côté bailleur : ces contrats continuent d’être prélevés s’ils ont été souscrits séparément. Le mandat de prélèvement mérite la même attention, puisque résilier un contrat ne révoque pas l’autorisation donnée à votre banque.
Dernier point, souvent oublié dans le calcul : si l’habitation faisait partie d’une offre groupée avec l’auto ou la santé, la remise multi-contrats disparaît sur les contrats restants. L’économie réelle du changement se mesure après cette perte, pas avant.
Quand c’est l’assureur qui résilie
Le non-paiement suit une procédure verrouillée par l’article L113-3. La cotisation non réglée dans les dix jours de son échéance permet l’envoi d’une mise en demeure. Trente jours après cette mise en demeure, la garantie est suspendue alors que le contrat existe toujours et que les cotisations restent dues. Dix jours après l’expiration de ce délai, l’assureur peut résilier. Un paiement intervenu entre-temps remet la garantie en vigueur le lendemain à midi. Cesser de payer n’est donc pas une manière de partir, c’est la plus coûteuse de toutes.
Une confusion à écarter au passage : le délai de six semaines dont on entend parler à propos des impayés ne concerne pas la cotisation d’assurance. Il vise la clause résolutoire du bail d’habitation après un commandement de payer, ce qui est un tout autre sujet.
L’assureur peut également résilier après un sinistre lorsque le contrat le prévoit, ou en cas de déclaration inexacte modifiant le risque. Une résiliation à son initiative se déclare au nouvel assureur au moment de la souscription : la dissimuler expose à une réduction proportionnelle d’indemnité, voire à la nullité du contrat si la mauvaise foi est retenue.